A l’infini

Conception et création par Maya Cherfan ©
Installation multimédia in situ – 25x9x3,5m – 2012 – Paris – France
4 monolithes/200x55X55cm/10 vidéoprojecteurs/ /4 écrans/ 4caméras/ 100m de câbles / texte/ son

« Quand ceci est, cela est ; Ceci apparaissant, cela apparaît. Quand ceci n’est pas, cela n’est pas ; Ceci cessant, cela cesse. » Formulations, du principe de coproduction conditionnée bouddhique.

Telle l’existence conditionnée de l’homme, L’espace intérieur interagit constamment avec l’extérieur en corrélation avec le temps et la motion du temps. Il devient le réceptacle du mouvement extérieur qui interfère sans cesse sur sa dimension. Lui attribuant une « identité » nouvelle à chaque changement, dans la lumière et l’obscurité, dans le mouvement, et la variation. Il devient le reflet de l’extérieur, impermanent, interdépendant, continuellement en mouvance. Ainsi, dans un même espace, il résulte différentes versions de la réalité. Autant de réalités que d’espaces, de perceptions, de temps qui se permutent, se succèdent, et se chevauchent ; chronologiquement, en direct, ou en différé, annihilant le premier, révélant le second, dissimulant le troisième etc.. Des images de l’espace extérieur, avoisinant l’espace intérieur, sont filmées en plein jour, dans un réel antérieur. Elles sont projetées, par la suite, dans l’espace clos de 250m², à la tombée de la nuit.

10 vidéoprojecteurs accrochés au plafond, minutieusement positionnés, retransmettent 10 réalités lumineuses, différentes, juxtaposées, en corrélation l’une avec l’autre. La projection s’étend dans tout l’espace (25x9x3,5m). Cette immersion du jour, intrinsèque désormais à l’espace nuit, modifie sa nature première, altère ses limites et permute la perception. La notion du jour, retransmise dans la nuit, imprègne temporellement l’espace immergé par la lumière. Cette répercussion de l’extérieur dans l’intérieur génère l’illusion d’une vérité nouvelle, immuable et fixe, celle du jour se substituant à la nuit. La projection du jour forme sur les murs, un panoramique de 360°, inscrit dans un rectangle. Telle la rotation d’un cercle, sans en apercevoir les limites de ce cercle, le corps de la danseuse tourne et retranscrit l’espace par son mouvement continu. Il passe d’un espace à l’autre, d’une image à l’autre, d’une réalité à une autre. Il traverse le temps en créant le lien entre ces espaces fixes. Le mouvement du corps révèle le passé et le présent qui s’inscrivent en parallèle dans un seul espace, engendrant l’illusion d’un temps cohérent à travers un tableau animé uni.

4 monolithes sont posés dans chacun des 4 angles de l’espace clos, Une lueur circulaire émane de leur obscurité compacte. La circonférence de l’ouverture, égale à celle de la tête, est positionnée au niveau des yeux. Elle est la fenêtre d’un espace autre et d’un temps différé. 4 caméras fixées dans des lieux différents (extérieur à l’espace) , retransmettent, en direct, des espaces animés à travers les écrans insérés dans chacun des monolithes. Une nouvelle vision s’impose au regard, plus individuel que celle de la projection du jour. Elle incite à un rapprochement physique, et crée un rapport intime avec l’objet.

Le 4ème monolithe est une mise en abime ; la caméra est posée sur le monolithe. Bien qu’il réside à l’extérieur de cet espace, le spectateur se trouve donc filmé et re-projeté dans l’espace intérieur. Comme une continuité à l’infini, il devient acteur et spectateur à la fois. Qu’est-ce que la réalité ? Où est la vérité ? Y a-t-il UNE vérité ? Cerner l’univers dans un espace annihile son éternité. Tant que l’infini est pensé, et conçu par l’esprit, sa notion continue à posséder alors une limite. Le concept à l’ infini, n’est plus l’infini, il tend par sa limite à se générer continuellement et à s’auto oblitérer. À L’infini est la réflexion méditative des êtres qui s’affranchissent du temps, de l’espace et leur conditionnement, pour se libérer des « réalités multiples ».

« Il n’y a rien que je nomme proprement infini, sinon ce en quoi de toutes parts je ne rencontre point de limites, auquel sens Dieu seul est infini. » Descartes.

Conception, création, mise en scène, texte son Maya Cherfan
Réalisation images et montages Julien Leslé
Assistant de réalisation Andres Davila
Danseuse Stefania Rossetti
Photo dom Garcia

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